Densifier l’habitat pour améliorer la vie des Franciliens
Publié le 13 Novembre 2007
Voici un article très intéressant issu du magazine du Conseil Economique et Social de la Région
Gaspillage d’espace, démultiplication des déplacements, surcoût d’énergie, l’étalement urbain génère de multiples effets néfastes. Un rapport du CESR met en lumière les effets positifs de la densification, notamment le gain d’espace et l’amélioration de la qualité de la vie.
L’insuffisance du nombre de logements en Ile-de-France conduit de plus en plus de familles aux revenus modestes ou moyens à quitter la région. La ville, lieu d’échanges de par sa structure traditionnelle, composée d’un centre, de rues et d’espaces de vie, perd cette fonction au profit de celle de lieu de transit. Cette évolution va à l’encontre de la mixité sociale et crée des coupures dans l’agglomération. Les quartiers sont souvent dépourvus d’équipements collectifs essentiels, de services publics ou privés de proximité indispensables à la vie quotidienne des populations. Par ailleurs, l’étalement urbain et le mitage engendrent de sérieuses menaces pour l’ensemble des espaces naturels et agricoles de la région. Pour résoudre la crise du logement qui pénalise la région, le Schéma directeur de la Région Ile-de-France retient le concept de compacité qui permettrait aux Franciliens de faire des économies, mais aussi d’avoir un meilleur accès à l’emploi, aux services et à la vie sociale. Cet objectif, comme celui de la construction de 60 000 logements par an pendant 25 ans, passe par la densification de l’habitat qui implique de construire plus et mieux et d’organiser harmonieusement la vie collective. C’est ce constat qu’établit le rapport du CESR intitulé « La densification : pour un urbanisme à échelle humaine », qui propose des solutions pour la mise en oeuvre de ce concept de compacité. Dans ses propositions, le CESR rappelle en premier lieu non seulement que cette densification est nécessaire, mais aussi qu’elle doit être ambitieuse. Elle suppose de réduire les déséquilibres emploi/habitat, de développer les équipements collectifs, les services publics et privés, et tout particulièrement les transports en commun, et de lutter contre l’étalement urbain afin de préserver la valorisation des espaces agricoles et boisés naturels. Des objectifs à atteindre en prenant en compte les nouvelles contraintes environnementales afin de « promouvoir un développement durable avec ses composantes sociales, environnementales et économiques, de réduire également les nuisances et les pollutions et de contribuer aux économies d’énergie indispensables auxquelles nos sociétés sont aujourd’hui nécessairement soumises ».
Par ailleurs, le CESR réaffirme d’emblée son soutien à l’effort affiché de construction de la région, précisant que cet effort devrait être supporté par moitié par Paris et la petite couronne (30 000 logements par an) et par moitié par la grande couronne (30 000 logements par an également). « C’est pourquoi, précise le rapporteur, Lucien Dumont-Fouya, la compacité devra se faire tant dans le tissu urbain existant (notamment autour des gares) que dans les villes nouvelles, les villes historiques, les bassins d’emploi périphériques, sans oublier les possibilités encore offertes dans certains bourgs et villages. » La mise en place d’une densification raisonnée L’objectif est de promouvoir une véritable mixité urbaine, sociale et fonctionnelle afin de mettre un terme « au découpage du territoire en zones spécialisées (logement social, logement résidentiel, activités, commerces, tertiaire, etc.) qui consomme beaucoup d’espace, génère de nombreux déplacements contraints et déstructure la ville et le paysage urbain ». Cela passe par la requalification de certaines zones afin de créer des ensembles plus denses, avec un juste équilibre entre habitat et emploi, et par une desserte adaptée en matière de transports en commun. Si l’on veut réduire les déplacements contraints, il est en effet impératif de renforcer les dessertes en petite et grande couronne, mais aussi les liaisons de banlieue à banlieue. Par ailleurs, une densification réussie se doit d’être acceptée. Pour ce faire, le CESR préconise la recherche de configurations urbanistiques et architecturales de qualité, novatrices et fonctionnelles visant la Haute Qualité Environnementale et efficaces contre toutes les formes de nuisances qu’il s’agisse de bruit, de pollution ou d’insécurité. Aussi suggère-t-il de lancer des concours, notamment internationaux, pour renforcer l’attractivité de banlieues déqualifiées. Il invite également « tous les acteurs publics et privés concernés, architectes, concepteurs, élus, paysagistes, promoteurs publics et privés, urbanistes, à mettre en commun leurs compétences et leurs expériences, pour concevoir « la nouvelle ville » dans un esprit résolument « humaniste » privilégiant largement la qualité architecturale et celle des espaces publics (places, rues, squares, etc.) sécurisés ».
Pour mettre en œuvre cette densification, il faudra sensibiliser l’ensemble des acteurs concernés, décideurs, techniciens et habitants. En matière d’ingénierie, il est possible de s’appuyer sur les agences d’urbanisme et sur la mise en réseau des différents acteurs techniques concernés. De plus, le CESR rappelle le rôle essentiel que doit jouer l’Établissement public foncier régional en complémentarité des Établissements publics fonciers départementaux et réaffirme son souhait que le SDRIF soit transcrit dans des Schémas de cohérence territoriale prescriptifs. En matière législative, le CESR propose une simplification et notamment la création d’une densité minimale pour les constructions neuves. De plus, il suggère la mise en place d’une instance de coordination associant l’État, la Région et les collectivités chargée de définir et de suivre la politique de l’habitat. Enfin, le CESR considère que, pour réussir la densification, il faut commencer par convaincre les Franciliens du bien-fondé de la compacité au travers d’une importante campagne de communication expliquant que la densification vise l’amélioration des conditions de vie.
Trois questions à : à Philippe Laurent Maire de Sceaux
Que pensez-vous du concept de densification pour contrer l’étalement urbain ? Dans quelle mesure votre commune est-elle concernée ? L’étalement urbain est un fléau, dont l’Union régionale des conseils d’architecture, d’urbanisme et d’environnement, que je préside, a montré tous les méfaits : consommation d’espaces agricoles, éloignement des familles, motorisation excessive, poids très lourd du budget « transports », consommation d’énergie quatre fois plus importante qu’en zone dense urbaine. J’y suis résolument opposé. Sceaux, de ce point de vue, travaille à définir une densification qui soit acceptable et acceptée par les habitants.
Quelles sont pour vous les priorités en matière d’habitat et d’urbanisme ? D’abord, pas d’approche trop « statistique ». Les règles de l’aménagement urbain de demain doivent faire la différence entre des zones d’habitat de grande qualité, qu’il ne peut être question de faire disparaître, et des friches à urbaniser de zéro. Ensuite, la densification doit donc s’accompagner d’un effort très important en matière d’équipements et d’infrastructures publiques, de qualité architecturale et d’aménagement de l’espace public, et enfin de travail sur le lien social et le « vivre ensemble », donc la diversité. J’insiste sur la nécessaire qualité des espaces publics : ce sont eux qui sont en cause dans les « cités » que l’on démolit, bien plus que les logements eux-mêmes !
De quelle façon concilier la loi SRU et la densification ? L’approche de la loi SRU ne peut réussir que si elle s’appuie sur une démarche de densification raisonnable et acceptée. Ses dispositions techniques, complétées par la loi ENL, constituent de bons outils. Le principe de mixité – je préfère diversité – sociale n’a de sens que s’il s’agit de « refaire de la ville » ouverte partout à tous, comme d’ailleurs le voulait Haussmann à Paris en son temps, et non un partage de l’urbain entre des quartiers trop « typés ». La diversité ne peut pas être que statistique, elle doit être aussi territoriale et s’exprimer dans tous les quartiers de la ville. Si nous ne le comprenons pas et si nous ne l’acceptons pas comme une chance, nous accentuerons la ghettoïsation et nous construirons une société dangereuse, sécuritaire et sans avenir. Aucun responsable politique ne peut accepter de laisser faire cette évolution sans réagir.
Trois questions à : à Jean-Jacques Karman, Vice-président du Conseil général de Seine-Saint-Denis en charge de l’aménagement du territoire
La densification est-elle source de mixité sociale ? La densification en elle-même ne produit pas de mixité sociale puisqu’il s’agit simplement d’une augmentation des mètres carrés disponibles. Si l’on reste sur une orientation « tout privé » ou « tout social », « tout activité » ou « tout logement », il n’y a pas d’évolution possible. En revanche, et sous réserve de la volonté politique, la densification peut être source de mixité. La densité n’est pas synonyme de tours ou de barres, elle peut être de l’habitat intégré au linéaire des rues, des architectures différentes.
Comment réussir la densification ? Revenir à l’alignement des rues est important. Un bâtiment construit dans le linéaire d’une rue s’intègre bien mieux dans un quartier. Il est nécessaire de travailler à reconstruire la ville sur la ville, dans les quartiers anciens. Il faut également éviter d’avoir trop de logements d’une même architecture. Mieux vaut deux bâtiments de 100 logements bien différenciés qu’un seul de 200, avec pour mot d’ordre de ne pas répéter les erreurs du passé. Surtout, on ne peut densifier un quartier si l’on ne résout pas en même temps les problèmes de transports, d’espaces publics et d’équipements collectifs. Densifier pour densifier, sans projet urbain, c’est aller tout droit à la catastrophe.
Comment la densification est-elle perçue en Seine-Saint-Denis ? Nous avons rencontré l’ensemble des maires s’intéressant à cette question car, dans un premier temps, ils rejettent toujours la densification. Nous leur expliquons alors que la cité des « 4 000 » à La Courneuve est l’endroit le moins dense de Seine-Saint-Denis. Au contraire, des villes comme Vincennes ou Saint-Mandé, où il fait « bon vivre », sont beaucoup plus denses que La Courneuve. Il est donc nécessaire de s’interroger sur le type et la qualité des constructions envisagées et d’éviter les grands espaces non affectés. Ces échanges permettent d’éclairer la densification sous un jour nouveau, sachant que nous ne voulons pas imposer d’orientations particulières et que chaque ville décide de son propre plan local d’urbanisme.