LES RÉSEAUX PASQUA DANSENT LA BIGUINE AU TRIBUNAL

Publié le 24 Février 2010

Un article de Charlie Hebdo



À la Maison de l’Outre-Mer, dans les Hauts-de-Seine, on aimait la biguine… et l’argent liquide. Un procès revient sur ce cas d’école du clientélisme ciblant les Antillais.

La déclaration d’amour de Marie-Luce Penchard, ministre de l’Outre-Mer, à ses compatriotes guadeloupéens — « nous en sommes à une enveloppe de plus de500 mi llions d’euros aujourd’hui pour l’outre-mer, et ça me ferait du mal de voir cette manne financière quitter la Guadeloupe » —ferait du mal de voir cette manne financière quitter la Guadeloupe » — résonnera certainement dans la 15e chambre du tribunal de grande instance de Nanterre, vendredi 26 février. Ce jour-là, la présidente, Isabelle Prévost-Desprez, aura face à elle, sur le banc des accusés, une figure bien connue de la communauté ultramarine en métropole: Freddy Loyson, un imposant Guadeloupéen

au visage mangé par une barbe noire et d’épaisses lunettes. L’homme comparait  pour abus de confiance au  détriment de la Maison de l’Outre-Mer, une association créée en 2000 par Charles Pasqua, alors président du  Conseil général du 9-2, et richement dotée par ce généreux parrain (750 000 euros de subventions annuelles), dans le vague but de « développer le rayonnement de l’outre-mer dans les Hauts-de- Seine ».

Freddy Loyson, directeur de la MDOM depuis sa création, et son adjoint, Bienvenu Binam, vont devoir expliquer  où sont passés les 150 000 euros retirés en liquide sur les comptes de l’association pendant quatre ans… Jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy, qui succède en 2004 à Pasqua, vienne fourrer son nez dans cette bien curieuse  institution, qui loge à Nanterre dans un pavillon loué 5 euros par mois par le département — et après, on dira qu’il  n’y a pas de logements sociaux dans les Hauts-de-Seine. Un audit interne du conseil général révèle alors les extravagantes pratiques de ses dirigeants.

Au fil des pages, on les voit retirer régulièrement de grosses sommes en espèces sur les comptes de l’association, par exemple 100 euros un dimanche d’août, à Deauville, à 1 heure du matin, ou deux fois 800 euros à Paris, un samedi de janvier ; payer rubis sur l’ongle des sociétés amies, voire leur accorder des avances, alors que la plupart des fournisseurs attendent plus de trois mois avant d’être payés ; utiliser chéquiers et cartes bancaires pour d’agréables distractions (concert de Harry Belafonte, match PSG-Auxerre, coupe d’Europe de  football) ; tenir table ouverte au Ruban bleu, le très chic restaurant du conseil général… Conclusion du flic de la  brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), saisie de l’affaire en 2007 : « Messieurs Loyson et Binam semblent pour le moins s’être servis de la MDOM plus qu’ils ne l’ont servie. […] Cela paraît d’autant plus choquant que l’association se targuait de vouloir mettre en place un volet social destiné avant tout à venir en aide aux plus démunis. »

IL TAPE DANS LA CAISSE ET C’EST NUMÉRO UN.

Freddy Loyson tente devant Charlie de justifier ses retraits en liquide : « J’utilisais cet argent pour payer les  artistes antillais que nous faisions venir en métropole. » À la Maison de l’Outre-Mer, on avait le sens de la fête ! Son président, Gérard La Viny, grand ami de Pasqua, était l’auteur du tube créole Sans chemise, sans pantalon. L’artiste, qui roulait en Rolls Royce, était aussi un homme d’affaires avisé, gérant de la boîte de nuit le Regi’skaia, à Meudon.

Décédé en 2009, il a curieusement été tenu à l’écart des investigations. Pour Philippe Missamou, l’avocat de  Loyson, l’affaire tient surtout du règlement de comptes politique : « Il y a clairement une volonté de liquider l’héritage Pasqua. » Freddy Loyson a longtemps été un pilier des réseaux ultramarins du RPR. De 1980 à 1995, il a oeuvré pour Jacques Chirac à la Mairie de Paris, avant de rejoindre le clan Pasqua dans les Hauts-de-Seine. Mais volonté ne rime pas avec succès. Sarkozy a certes tenté de faire le ménage dans les réseaux chiraquiens, mais il n’y est pas parvenu. La montée en puissance de Marie-Luce Penchard, fille de Lucette Michaux-Chevry, la vieille amie du « grand Jacques », marque le grand retour de ces réseaux clientélistes.

Le ménage entrepris dans le 9-2 n’a pas été une franche réussite non plus ! En 2006, le département avait en effet nommé un liquidateur, François Acou, et voté deux ultimes subventions – soit 1,146 million d’euros – afin d’apurer le passif de la Maison de l’Outre-Mer. Mais après avoir payé les indemnités de licenciement aux salariés, le liquidateur s’est envolé pour l’île Maurice avec le reste de la cagnotte. Il n’a plus donné signe de vie depuis décembre 2007.

Hélène Constanty

 

Rédigé par Catherine Candelier

Publié dans #Presse

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Commenter cet article

CECROPS 21/02/2018 09:28

Les réseaux Pasqua ? Vous pourriez même remonter à l'attribution de HLM de la ville de Paris en moins de deux semaines. C'était il y a dix ans et rien ne prouve que cela n'est pas terminé - 15ansdemafia.wordpress.com - les dessous de ces réseaux qui font toujours de la résistance et qui gangrènent la République.

minautore 03/08/2011 13:42



Pour information, le liquidateur judiciaire n'a pas "disparu" de la circulation comme le mentionne l'article. Il est installé avec sa femme sur l'Ile Maurice, et gère la vente de terrains à
Madagascar, à travers une SCI qui existait déjà à l'époque où il s'est envolé pour ce paradis économique. Il a même, pour ses affaires immobilières, des associés en France.


Amicalement,